Une voyageuse
raconte
JUPHAL.
Le petit avion atterrit sur un champ caillouteux au milieu des montagnes.
Premier contact avec cette région lointaine dont nous rêvons depuis
un an. Puis, petite marche pour descendre dans la vallée et pour suivre
la rivière jusqu'à DUNAI où la véritable aventure commence.
Pendant plusieurs
jours nous suivons la Tarap dont les eaux turquoises se cachent, par
endroit, sous l'écume blanche.
Parfois le chemin monte haut vers les nuages, en laissant la rivière
au fond d'une étroite vallée.
Parfois il plonge dans l'eau glacée, nous obligeant à nous déchausser
et à nous accrocher aux rochers et aux mains des sherpa.
Le monde habité
paraît loin derrière, presque oublié.
Un jour, enfin, la vallée s'élargit; dans le lointain on distingue des
maisons, un monastère sur le flanc de la montagne.
Un troupeau de chèvres et son petit berger au visage tibétain annoncent
que l'on approche d'un lieu habité.
C'est le village de DHO, entouré de champs d'orge d'un vert clair.
Des enfants arrivent de partout, les plus grands portant les plus petits,
le visage sale, illuminé d'un sourire éclatant.
Dans les champs, des groupes de femmes travaillent en chantant et en
riant; avec leurs beaux habits multicolores elles ressemblent à des
papillons posés dans l'herbe verte.
Puis deux cavaliers montés sur des petits chevaux blancs passent en
galopant sur le chemin; leurs longs cheveux noirs sont entourés d'un
ruban rouge.
Nous regardons autour de nous étonnés et incrédules: c'est un autre
monde, irréel. Mais ce n'est pas un rêve.
Les villageois viennent nous voir, nous parler; sur toutes les lèvres
la même question: "Mary viendra-elle?".
Non, elle ne viendra pas cette année. Ils sont certainement déçus, mais
même la mauvaise nouvelle n'efface pas leur beau sourire.
Et
voilà l'école, au fond de la vallée, avec Kedar que nous avons déjà
eu la chance de rencontrer à Paris, en décembre dernier.
Il est ravi et fier de nous faire visiter l'école et de raconter toute
son histoire: comment il avait rencontré "Mary" à JUPHAL où tous les
vols avaient été suspendus et comment il était arrivé à DHO pour ouvrir
sa première classe dans le vieux bâtiment abandonné.
Il ne comprenait pas le tibétain que parlent les habitants de DHO, et
eux ne comprenaient pas son népali non plus.
Il avait du mal à s'habituer à l'altitude, lui qui venait du sud du
Népal.
Il est impressionnant de voir le chemin qui a été parcouru en quelques
années.
Des salles de classes neuves, propres; toilettes, douches, électricité;
matériel d'école, livres, médicaments.
Et aussi le potager expérimental, pour voir ce qui peut pousser dans
ces conditions difficiles et donner ainsi aux villageois une nourriture
plus variée. On a l'impression que la vie du village tourne autour de
l'école, de "Mary" et de Kedar.