Botanique des fleurettes sur le toit du monde

tarap41 14 1 480Cyananthus incanus

Sur 2 300 km, empiétant sur six pays, la gigantesque chaîne de l'Himalaya sépare le sous-continent indien du plateau tibétain. Coupée par de nombreux cols à 5 OOO m, elle est jalonnée par dix des quatorze 8 000 de la planète. La limite naturelle des arbres (la tree line), liée à l'altitude et à la mousson, varie autour de 4 000 m. Au-delà, commence la zone alpine avec ses surprenantes « fleurettes du toit du monde ». Au randonneur de varier les lieux et les époques pour s'offrir un trek plus ou moins fleuri.

La diversité dans le plus haut jardin du monde

Les glaciations et les inondations ont épargné pendant 70 millions d'années la jeune chaîne de l'Himalaya, de nouvelles espèces végétales ont pu se développer, les anciennes survire. L'altitude, la latitude, les précipitations, le relief, entrainent une grande variété de climats et une richesse botanique inouïe : quelques 9 000 espèces, dont 6 500 rien qu'au Népal, 5 400 au Bhoutan.

tarap41 14 2 480Meconopsis horridula

Altitude

Sur près de 6 000 m de dénivellation, se succèdent zone tropicale (la plaine), subtropicale (jusqu’à 2 000 m), tempérée (2 000 à 3 000 m), subalpine (3 000 à 4 000 m) et enfin alpine (4 000 à 5 500 m).

Latitude

L’Himalaya s'étale sur 8° en latitude, soit 900 km. Vers l'ouest, où la latitude est plus nordique, le climat est plus tempéré, la tree line un peu en dessous des 4 000 m. Les hivers y sont plus froids, la neige plus abondante, les précipitations y sont moindres l'été.

Précipitations

La mousson est l'élément essentiel du climat de juin à septembre. Venus du golfe du Bengale, les nuages arrosent abondamment d'abord l'Est de la chaîne, puis la longent vers l'Ouest en s’essoufflant, donnant un climat de plus en plus sec.

Montagnes protectrices

Les grands massifs protègent de la pluie les hautes vallées et les versants nord et ont une influence nette sur leur climat et leur végétation. Par exemple, au Népal, Pokhara reçoit 3 500 mm en moyenne et Jomsom, 65 km plus au nord, à l'abri du Daulaghiri et des Annapurnas se contente de 300 mm. Le Mustang qui commence ici est bien connu pour son aspect minéral, la flore n'y est jamais abondante ou spectaculaire. L'immense plateau du Tibet, bien abrité, est lui aussi vraiment aride.

tarap41 15 3 480Pedicularis longiflora

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Au fil des saisons

Chaque saison a ses couleurs et une floraison plus ou moins généreuse. Choix cornélien, il faut concilier cela avec le meilleur climat.

tarap41 15 1 480Leontopodium jacodianum

Treks de printemps

Surtout dans l'Est de l'Himalaya, d'avril à juin, les rhododendrons sont un émerveillement. Entre 2 000 et 4 000 m, ils colorent les pentes du blanc au pourpre. Cela compense la pauvreté de la flore printanière dans la zone alpine qui suit. On y trouve pourtant de jolis iris et des primevères jusqu'à 4 500 m.

Treks d’été

En été, la flore alpine est partout abondante, particulièrement en juillet et août. Si l’époque est parfaite pour visiter le Zanskar, le Laddak, le Dolpo et le Mustang, ailleurs, de belles rincées risquent de contrarier la contemplation mais l'observateur est toujours comblé. Si quelques fleurs printanières s'attardent, les géraniums, les thermopsis (légumineuses), les anaphalis, les potentilles, les asters, les saxifrages (plus de 80 espèces) ouvrent le bal estival. D'avril à septembre, le thym répand son parfum et dès juin, le génépi, habitué à l'altitude, l'accompagne, surtout autour de la Kali Gandaki. Les plus chanceux pourront découvrir jusqu’à 5 500 m les magnifiques et emblématiques pavots de l'Himalaya, rares et éphémères. Le Meconopsis grandis en juin et juillet, le Meconopsis horridula en juillet et août laisseront un grand souvenir à ces « veinards ».

Treks d'automne

Octobre et novembre sont les mois les plus appréciés pour le trekking dans l'Est (à partir du Mustang). Il fait sec, le ciel est clair, par contre les fleurs se font rares. Des espèces de l'été ou de fin d’été prolongent leur floraison jusqu'en octobre. Les edelweiss s’étalent encore en magnifiques parterres, les delphinium se dressent en véritables haies violettes jusqu'aux 6 000 m, les séneçons, les aconits, les curieuses pédiculaires, sont de la fête. Les gentianes sont résolument des fleurs automnales et Gentiana nubigena qui rappelle notre gentiane acaule sera là, jusqu'en novembre, pour le bouquet final !

tarap41 15 2 480Delphinium brunonianum

Plantes, fleurs et médecine

Les populations d'appartenance tibétaine qui vivent au-dessus de 4 000 m, sur le plateau du Tibet et dans les hautes vallées frontalières ont bien compris la vraie richesse d'une telle flore. Depuis la nuit des temps, les propriétés thérapeutiques sont connues et la médecine par les plantes occupe une grande place. Sur place, elle est dispensée par les amchis et se transmet de père en fils. Au Dolpo, on a 400 espèces de plantes aux vertus médicinales. L'aconit, toxique, a aussi des propriétés analgésiques et antirhumatismales, la blanche gentiane robuste peut aider pour les désordres gastriques ou intestinaux, la fragile pédiculaire longiflore peut réduire les problèmes hépatiques ou une crise d'asthme. Les géranium sont bienvenus dans les troubles gastriques ou biliaires...

Extrait de l'article de Serge Mouraret publié dans le Journal Tarap n° 41 (novembre 2012)

Pour aller plus loin : People and Plants Initiative - Medicinal Plants of Dolpo (2001)

 
 
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